Les grands acteurs d’Internet comme Google, Apple, Facebook et Amazon ont constitué des écosystèmes dont on ne veut plus se passer. Tout est pensé pour faciliter la vie de l’internaute par une parfaite intégration des actions sur de multiples périphériques. Fini les transferts de données entre appareils, tout se synchronise par le Cloud. Ainsi l’expérience de l’utilisateur peut se poursuivre sans interruption, ni discontinuité à l’exemple du partage de photos sur les réseaux sociaux, l’achat et l’écoute de musique ou encore la lecture de journaux et de livres.
De quelle façon la mensuration officielle pourrait-elle bénéficier d’une plateforme de sur-traitance où tous les constituants d’un écosystème de la mensuration officielle seraient intégrés dans le but de faciliter la tâche de l’utilisateur ?
Pour qu’il y ait sur-traitance, il faut que le consommateur trouve l’ensemble des prestations ou services dont il a besoin sur une plateforme unique. Si l’on parle de mensuration officielle, cela signifie que toutes les prestations destinées tant au professionnel du domaine qu’au notaire, au banquier, au propriétaire ou encore au public seraient accessibles depuis cette plateforme. Il y aurait ainsi un seul portail pour consulter les caractéristiques d’un bien-fonds et en connaître le propriétaire.
Aujourd’hui le portail fédéral (cadastralinfo) ne donne pas une information aussi détaillée sur les biens-fonds. Celle-ci est fournie par les portails cantonaux.
L’accès aux divers services proposés ne serait pas le même pour le grand public que pour les professionnels. Certaines prestations seraient gratuites et d’autres payantes. Ainsi un simple extrait cadastral serait obtenu sans frais alors qu’un extrait cadastral certifié conforme serait facturé au destinataire. Les données de la mensuration officielle en Open Data pourraient être extraites gratuitement depuis cette plateforme, sans authentification, mais après avoir adhéré aux conditions générales d’utilisation de ces données. A l’inverse, lorsque l’utilisation de ces données est soumise à émolument, l’utilisateur devrait être authentifié afin de recevoir la facture correspondante.
Qui devrait avoir la responsabilité de mise en œuvre de cette plateforme de sur-traitance ? La mensuration officielle étant une tâche dont le pilotage stratégique est réalisé par la Confédération, il apparaît que celle-ci devrait en avoir la responsabilité. Cette mise œuvre pourrait être faite conjointement avec CadastreSuisse afin d’associer les cantons à cette réalisation.
Quels pourraient être les composants de cet écosystème ? On y trouverait, par exemple, un guichet cartographique (map.geo.admin.ch) complété d’un extracteur de données permettant la diffusion de données en Open Data ou soumises à émolument, des modules permettant de réaliser le changement de cadre de référence, la transformation de coordonnées, les calculs topométriques usuels, la compensation de réseaux (LTOP), le calcul de coordonnées répondant aux exigences de la mensuration officielle, la vérification de fichiers Interlis (checker Interlis) ainsi que la transformation de formats. Tant les acteurs du secteur public que privé pourraient contribuer à enrichir cet écosystème, selon des règles à définir, à l’image des magasins d’applications mis en œuvre tant par Apple que Google.
Quels seraient les apports d’un tel écosystème pour la mensuration officielle ? L’écosystème de la mensuration officielle couplé avec le registre foncier ainsi que le cadastre des restrictions de droit public à la propriété foncière (cadastre RDPPF) contribuerait non seulement à faciliter la tâche des professionnels concernés par la propriété foncière mais également à rendre plus visible un domaine encore largement méconnu. N’oublions pas que le registre foncier et la mensuration officielle permettent de garantir plus de 850 milliards d’hypothèques ce qui contribue à la prospérité de notre pays.
Conclusion
A l’image de grands acteurs du commerce de détail qui ont pour principe « tout sous un même toit », la mensuration officielle aurait tout à gagner d’une plateforme de sur-traitance car elle pourrait être le lieu unique de rencontre entre les différents intervenants concernés par le foncier. Des réflexions sont en cours sur ce thème dans le cadre des travaux du Think Tank « Dimension Cadastre ».
Béatrice Simos-Rapin
Professeure de mensuration officielle
HEIG-VD
Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud
Route de Cheseaux 1
1401 Yverdon-les-Bains


