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Quel est l’intérêt de la 5D et du Big Data pour la mensuration officielle ?

Le smartphone, la tablette électronique, les objets connectés, la réalité augmentée et les médias sociaux induisent de nouveaux comportements et usages que la mensuration officielle ne peut ignorer. Quel est l’intérêt de l’exploitation des données du Big Data pour la mensuration officielle ? Quels sont les besoins que l’on peut anticiper dans ce domaine ?

Simuler ou anticiper ?

La 4D permet de remonter dans le temps et d’analyser des situations passées, ainsi que, sur la base de cette analyse, de procéder à des simulations. Ces dernières sont donc tributaires du passé et ne tiennent pas compte des innombrables données du Big Data que l’on peut collecter et exploiter. Le guichet cartographique de la Confédération (map.geo.admin.ch) permet de « voyager dans le temps » grâce aux différentes éditions de la carte nationale. Il s’agit de 4D. Avec la 5D, ce que l’on veut réaliser c’est une anticipation des besoins des utilisateurs, précisément par l’analyse des données du Big Data. Toutes les traces que nous laissons sur Internet sont révélatrices de nos intérêts, de nos habitudes de consommation mais également de nos itinéraires voire de nos modes de déplacement. Dans le secteur de l’habillement, la marque Zara sait parfaitement exploiter les données relatives aux articles vendus afin de réassortir, dans des délais très courts, ses différents magasins. Elle le fait en agissant sur la production dans les usines. Il s’agit dans ce cas précis plutôt de 4D. Par contre, si des commentaires des internautes, plébiscitant tel article de la marque plutôt que tel autre, sont exploités, alors on peut parler de 5D.

La consommation de glaces et de bières dépend du temps qu’il fait. Du beau temps et de la chaleur vont augmenter les ventes. En exploitant les commentaires des internautes pour les différents types de glaces et de bières, il est possible d’anticiper de façon plus précise la demande. Le Méga Magnum au chocolat l’emporte-t-il sur le cornet vanille-fraise ? Dans ce cas aussi on peut parler de 5D.

Fig. 1 big-data

Fig. 1 – Analyser le Big Data pour anticiper les besoins des utilisateurs

Si l’on s’intéresse au tourisme, sous l’angle du voyagiste, ce qui est important c’est d’anticiper avec précision les destinations qui seront les plus demandées. Les aspects géopolitiques ne peuvent être ignorés de même que les recommandations des gouvernements à leurs ressortissants. Les touristes choisiront a priori des destinations sûres et là aussi, l’analyse des données du Big Data va donner des indications précieuses quant aux destinations préférées.

Lorsque vous consultez les appartements à vendre sur un portail immobilier et que vous choisissez systématiquement un appartement de 2 pièces situé au centre-ville, vous ne souhaitez pas que l’on vous propose un appartement de 5 pièces en périphérie. Si vous vous êtes intéressé, à plusieurs reprises, à une destination balnéaire, vous ne vous attendez pas à ce que l’on vous propose de faire un trekking, à moins que vous ayez récemment acquis tout un équipement, pour un tel voyage, sur un site Internet. Si l’on reprend la thématique de l’immobilier, on imagine bien que toutes les préférences des utilisateurs pour un lieu particulier de résidence devraient permettre d’anticiper un besoin et donc de connaître quels types de logement devraient être construits dans telle portion du territoire. On peut aussi imaginer que si aucune demande n’est formulée pour des zones à bâtir excédentaires, cette information permettrait d’envisager de les dézoner. La 5D contribuerait ainsi à aménager le territoire en anticipant les besoins des habitants.

Peut-on assimiler la 5D à l’analyse prédictive ?

L’analyse prédictive permet, par exemple, à la police d’anticiper les types de crimes et de délits qui pourraient être commis en un lieu donné en se basant sur l’heure, le lieu ainsi que le type de crime et délit qui a été commis. L’analyse prédictive permet aux assurances d’analyser, avant la souscription, le risque client et le risque de fraude. Cette analyse se base sur des modèles sophistiqués ainsi que sur des données du Big Data. Dans le domaine de la finance, l’analyse prédictive permet d’analyser le risque de défaut du client lors d’une demande de prêt. Dans la mesure où la 5D n’exploite pas les données du passé mais exploite principalement les données du Big Data, l’analyse prédictive n’est pas la 5D.

Quel intérêt pourrait avoir la 5D pour la mensuration officielle ?

Les données de la mensuration officielle jouent un rôle très important à la fois pour l’aménagement du territoire et la construction, et ceci quelle que soit la phase : planification, phase d’étude ou de réalisation. Comme les données de la mensuration officielle peuvent être de précision très diverse en raison de leur origine, anticiper un besoin futur en données plus précises devrait permettre de redéfinir des priorités dans la réalisation de la mensuration officielle. Ceci ne présente toutefois un intérêt que pour les cantons pour lesquels d’anciens plans cadastraux établis à la fin du 19ème siècle sont encore en vigueur. La plus-value de la 5D pour la seule mensuration officielle n’est pas encore clairement établie. Néanmoins, la 5D étant l’une des thématiques abordée par le Think Tank « Dimension Cadastre », d’autres possibilités d’utilisation de cette dimension dans la mensuration officielle devraient probablement émerger au cours de ses travaux.

Bibliographie :

Gestion des territoires : vers la cinquième dimension, Giorgio Pauletto et Xavier Comtesse. Article paru dans la revue « Affaires publiques », avril 2016

Land Administration and Management – Towards the Fifth Dimension (8415), Daniel Steudler et Xavier Comtesse (Suisse). Publication faite lors de la conférence ”FIG Working Week 2016” en Nouvelle-Zélande, mai 2016

 

Béatrice Simos-Rapin

Professeure de mensuration officielle

HEIG-VD
Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud

Route de Cheseaux 1
1401 Yverdon-les-Bains

stratégie mensuration officielle

Quand la mensuration officielle suisse a dû revoir ses méthodes de travail – Le rapport Bieri

En 1995, la Confédération a décidé d’allouer moins de moyens à la mensuration officielle en raison des difficultés de trésorerie qu’elle rencontrait. De 47 millions de crédits annuels alloués en 1994, le montant a été réduit à 26 millions en 1995. La commission d’experts, mandatée pour examiner la situation de la mensuration officielle et formuler des propositions ayant pour objectif de mieux utiliser les moyens à disposition dans le but de couvrir plus rapidement le territoire, a eu le souci de ne pas mettre à mal un système complexe qui fonctionnait et dont on attendait encore plus.

La commission a cherché des solutions afin d’éviter de réduire sur le long terme les moyens financiers mis à disposition de la mensuration officielle, ce qui, de son point de vue, aurait empêché l’atteinte de l’objectif de couverture du territoire dans un délai plus court que celui qui avait été formulé. Selon les estimations faites à l’époque, les travaux de mensuration officielle devaient être achevés 30 ans plus tard soit en 2025.

Avec la mise en oeuvre de systèmes d’information géographique, la demande en géodonnées de référence provenant de la mensuration officielle allait en grandissant. Comment mettre en oeuvre de tels systèmes, par exemple pour la gestion d’infrastructures de réseaux d’alimentation en énergie, si l’on ne dispose pas de données de référence précises et fiables ?

En examinant la situation du point de vue du coût des travaux, des exigences de qualité, de fiabilité et de complétude, des processus de décision impliqués dans l’attribution des travaux et leur officialisation, la commission a identifié une série de propositions chiffrées dont le but devait permettre à la Direction fédérale des mensurations cadastrales d’orienter différemment ses travaux afin d’atteindre plus rapidement l’objectif de couverture du territoire avec des données de la mensuration officielle tout en ne sacrifiant pas les exigences de qualité et de fiabilité des données essentielles pour maintenir la confiance placée dans la propriété foncière.

L’une des idées émises par la commission fut de considérer qu’il n’était pas nécessaire de disposer sur l’ensemble du territoire de données satisfaisant dans sa totalité les exigences du standard MO93. La commission a préconisé de mettre en oeuvre un produit dit MO93 intermédiaire qui ne serait complété que si des besoins supplémentaires étaient formulés. Cette façon de faire permettant d’allouer les moyens ainsi économisés à la réalisation de travaux dans des zones jugées plus prioritaires.

Une autre idée formulée fut de conclure des accords de prestation avec les cantons fixant les travaux à réaliser, leur coût ainsi que leur planning de réalisation. Plus de 20 ans après la parution de ce rapport d’experts on constate que l’analyse de la situation ainsi que les propositions émises ont permis d’accélérer les travaux de mensuration officielle et de rendre ces données disponibles pour les systèmes d’information géographiques sur de larges portions du territoire.

Pour plus d’information lire le Rapport final – Réexamen de la mensuration officielle

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La mensuration officielle en Suisse en 2030

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La mensuration officielle a été instituée en 1912 avec l’adoption du Code Civil Suisse.

Au cours des ans, elle a connu plusieurs évolutions afin d’être en mesure de répondre aux besoins de la société et de l’économie ainsi qu’au développement de la technologie. Une première réforme d’importance dénommée REMO a été mise en oeuvre en 1993. Elle a permis de passer du plan à la base de données.

Avec la dématérialisation du cadastre, la mensuration officielle est entrée dans une nouvelle dimension. Elle ne sert plus uniquement à garantir la propriété foncière, elle constitue également une base pour des systèmes d’information géographique traitant de thématiques aussi diverses que l’aménagement du territoire ou le développement d’infrastructures.

L’ouvrage intitulé Amtliche Vermessung Schweiz 2030, rédigé par le Dr Fridolin Wicki dans le cadre d’un travail de Master réalisé à l’Université de Berne, analyse 20 principes pour lesquels il a été imaginé qu’ils pourraient être mis en application dans la mensuration officielle d’ici 10 ou 20 ans.

Afin de vérifier si tel peut être le cas, une enquête a été réalisée auprès des professionnels de la mensuration officielle ainsi qu’auprès d’experts du domaine.

L’analyse des résultats a permis de déterminer lesquels de ces principes pourraient conduire à une évolution possible de la mensuration officielle.

C’est sur cette base que la Confédération conduira les études et mettra en oeuvre, en collaboration avec les cantons et le secteur privé, les dispositifs qui feront que la mensuration officielle sera toujours à même de délivrer les services attendus tant par la société que par l’économie.

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CADASTRE 2014 and Beyond – Une vision actualisée de CADASTRE 2014

C’est en 1998, au terme de 4 ans de travaux réalisés par un groupe de travail de la Commission 7 de la FIG,  que l’ouvrage CADASTRE 2014 a paru. Traduite en 28 langues, cette publication a connu un très grand succès dans tous les pays qui se soucient du développement du cadastre et de son adéquation avec les nouveaux besoins de la société.

A l’occasion du XXVème Congrès de la FIG, un point de situation sur l’évolution du cadastre conformément aux principes qui avaient été énoncés en 1998 a été fait. L’accroissement mondial de la population, la nécessaire adaptation aux effets induits par le changement climatique font que les attentes envers un cadastre moderne apte à relever d’autres défis que celui lié à la propriété foncière sont toujours plus grandes.

CADASTRE 2014 and Beyond permet une nouvelle fois de se projeter dans les prochaines évolutions du cadastre telles qu’imaginées par les experts de la profession.

CADASTRE 2014 and Beyond

stratégie mensuration officielle

1994 – Le cadastre à l’horizon 2014 – CADASTRE 2014

Ce document est le fruit des réflexions menées par une des commissions de la fédération internationale des géomètres. Il a été initié lors du 20ème congrès de la FIG qui a eu lieu a Melbourne en 1994. Les travaux ont été menés par Jürg Kaufmann et Daniel Steudler.

Cette publication, de caractère prospectif, montre ce qui a été imaginé il y a 20 ans pour réaliser un cadastre répondant aux besoins de la société et de l’économie.

Cadastre 2014

stratégie mensuration officielle

En Suisse aussi la mensuration officielle est repensée

Le Think Tank « Dimension cadastre » dont les travaux ont été pilotés par Xavier Comtesse a imaginé ce que deviendra la mensuration officielle dans un monde hyper connecté où le tout en tout lieu et en tout temps est de mise. Le cadastre sera reconstitué à partir d’algorithmes certifiés ce qui permet d’envisager de visualiser sur site non seulement les biens-fonds mais également toutes les autres données dématérialisées qui sont utiles à une prise de décision.

Lire la publication Dépasser les bornes

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Le cadastre à l’horizon 2034

La Nouvelle Zélande et l’Australie ont engagé une réflexion afin d’imaginer ce que sera le cadastre à l’horizon 2034. Comment faut-il compléter les bases de données existantes dont l’objectif premier est la garantie de la propriété foncière pour être en adéquation avec les attentes de la société?

Australie – Stratégie de la mensuration officielle à l’horizon 2034

Nouvelle Zélande – Stratégie de la mensuration officielle à l’horizon 2034

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Les objets connectés dans la mensuration officielle

Selon un article paru au mois de mai 2014 dans le magazine économique Bilan, en 2015, on dénombrera 25 milliards d’objets connectés, soit 3.47 objets connectés par personne. A l’horizon 2020, 50 milliards d’objets seront connectés, ce qui portera à 6.58 le nombre d’objets connectés par personne.

Ce que l’on appelle l’Internet des objets (Internet of Things (IoT)) offre de nouvelles possibilités d’interrogation d’éléments et de communication de données qui s’appliquent à toutes sortes de domaines. L’un des domaines pour lequel cette technologie est connue du grand public est celui de la santé. En effet, l’auto-mesure comprenant le suivi en temps réel d’activités comme les déplacements effectués, la mesure de la tension ou des périodes de sommeil par des capteurs ad hoc est maintenant à la portée de tout un chacun.
Les différents repères de la mensuration officielle qui ont notamment pour fonction de délimiter la propriété foncière pourraient être porteur d’information et modifier la façon qu’ont les équipes de professionnels de la géomatique d’opérer sur le terrain. En effet, si en tout lieu et en tout temps, les repères interrogés sont capables de communiquer leurs caractéristiques, la connexion entre les objets de la base de données et le terrain est plus immédiate et n’impose pas l’utilisation du plan physique.

Dans un monde toujours plus connecté, chacun souhaite pouvoir accéder à des informations concernant le territoire en tout temps et en tout lieu. Le tout lieu signifie en particulier qu’il doit être possible d’obtenir des informations en relation directe avec la localisation.

L’évolution technologique induit une modification de l’attente de tout un chacun en matière d’information géographique. Le plan n’est plus le moyen incontournable de consulter l’information souhaitée sur le terrain, de même qu’il n’est plus indispensable de préparer une intervention sur site en interrogeant, au bureau, les différentes bases de données.

Pour ce qui est de la propriété foncière, les informations qui sont à priori les plus recherchées sont les limites des biens-fonds, les restrictions du droit à la propriété, qu’elles soient publiques ou privées, et les éventuels devoirs liés aux biens-fonds. Le propriétaire peut souhaiter connaître les projets de développement en cours d’approbation ainsi que les éventuels travaux prévus dans les environs immédiats du bien-fonds. Il s’intéressera également à connaître la position des réseaux souterrains, les éventuelles zones de danger ainsi que les catastrophes naturelles qui sont survenues. Toutes ces informations peuvent être mises à disposition dès lors qu’elles ont été dématérialisées et que la relation avec la localisation peut être faite.

Comment profiter de la dématérialisation du cadastre et d’autres données relatives au territoire afin d’accéder en tout temps et sur site à des informations concernant les biens-fonds, les restrictions du droit à la propriété, les éventuelles zones de danger, etc.?

Comment aller au-delà de la simple localisation pour obtenir de façon sûre et vérifiées des informations relative à la propriété foncière?

L’idée est que par la localisation et l’envoi d’informations précises concernant les caractéristiques des objets qui nous entourent, les données ad hoc s’affichent sur le smartphone ou la tablette via une application. Il ne s’agit donc pas de faire une consultation via un guichet cartographique ou de se situer grâce à un plan papier.

La réponse aux questions que l’on peut se poser sur ce qui est dans notre environnement immédiat peut être apportée par une visualisation de type réalité augmentée.

On peut imaginer que la réalité ainsi que les données dématérialisées contenues dans les bases de données ad hoc peuvent être combinées avec des données provenant des objets eux-mêmes comme des points limites dotés de puces RFID ou de code QR. Ces informations complémentaires provenant directement du terrain devraient ouvrir de nouvelles perspectives en terme d’information fournie aux professionnels ou au public et modifier les processus de travail liés aux interventions réalisées sur le terrain en particulier pour ce qui concerne la propriété foncière.