mensuration officielle, Mensuration officielle (MO), propriété foncière, Réalité augmentee (RA), stratégie mensuration officielle

Quel est l’intérêt de la 5D et du Big Data pour la mensuration officielle ?

Le smartphone, la tablette électronique, les objets connectés, la réalité augmentée et les médias sociaux induisent de nouveaux comportements et usages que la mensuration officielle ne peut ignorer. Quel est l’intérêt de l’exploitation des données du Big Data pour la mensuration officielle ? Quels sont les besoins que l’on peut anticiper dans ce domaine ?

Simuler ou anticiper ?

La 4D permet de remonter dans le temps et d’analyser des situations passées, ainsi que, sur la base de cette analyse, de procéder à des simulations. Ces dernières sont donc tributaires du passé et ne tiennent pas compte des innombrables données du Big Data que l’on peut collecter et exploiter. Le guichet cartographique de la Confédération (map.geo.admin.ch) permet de « voyager dans le temps » grâce aux différentes éditions de la carte nationale. Il s’agit de 4D. Avec la 5D, ce que l’on veut réaliser c’est une anticipation des besoins des utilisateurs, précisément par l’analyse des données du Big Data. Toutes les traces que nous laissons sur Internet sont révélatrices de nos intérêts, de nos habitudes de consommation mais également de nos itinéraires voire de nos modes de déplacement. Dans le secteur de l’habillement, la marque Zara sait parfaitement exploiter les données relatives aux articles vendus afin de réassortir, dans des délais très courts, ses différents magasins. Elle le fait en agissant sur la production dans les usines. Il s’agit dans ce cas précis plutôt de 4D. Par contre, si des commentaires des internautes, plébiscitant tel article de la marque plutôt que tel autre, sont exploités, alors on peut parler de 5D.

La consommation de glaces et de bières dépend du temps qu’il fait. Du beau temps et de la chaleur vont augmenter les ventes. En exploitant les commentaires des internautes pour les différents types de glaces et de bières, il est possible d’anticiper de façon plus précise la demande. Le Méga Magnum au chocolat l’emporte-t-il sur le cornet vanille-fraise ? Dans ce cas aussi on peut parler de 5D.

Fig. 1 big-data

Fig. 1 – Analyser le Big Data pour anticiper les besoins des utilisateurs

Si l’on s’intéresse au tourisme, sous l’angle du voyagiste, ce qui est important c’est d’anticiper avec précision les destinations qui seront les plus demandées. Les aspects géopolitiques ne peuvent être ignorés de même que les recommandations des gouvernements à leurs ressortissants. Les touristes choisiront a priori des destinations sûres et là aussi, l’analyse des données du Big Data va donner des indications précieuses quant aux destinations préférées.

Lorsque vous consultez les appartements à vendre sur un portail immobilier et que vous choisissez systématiquement un appartement de 2 pièces situé au centre-ville, vous ne souhaitez pas que l’on vous propose un appartement de 5 pièces en périphérie. Si vous vous êtes intéressé, à plusieurs reprises, à une destination balnéaire, vous ne vous attendez pas à ce que l’on vous propose de faire un trekking, à moins que vous ayez récemment acquis tout un équipement, pour un tel voyage, sur un site Internet. Si l’on reprend la thématique de l’immobilier, on imagine bien que toutes les préférences des utilisateurs pour un lieu particulier de résidence devraient permettre d’anticiper un besoin et donc de connaître quels types de logement devraient être construits dans telle portion du territoire. On peut aussi imaginer que si aucune demande n’est formulée pour des zones à bâtir excédentaires, cette information permettrait d’envisager de les dézoner. La 5D contribuerait ainsi à aménager le territoire en anticipant les besoins des habitants.

Peut-on assimiler la 5D à l’analyse prédictive ?

L’analyse prédictive permet, par exemple, à la police d’anticiper les types de crimes et de délits qui pourraient être commis en un lieu donné en se basant sur l’heure, le lieu ainsi que le type de crime et délit qui a été commis. L’analyse prédictive permet aux assurances d’analyser, avant la souscription, le risque client et le risque de fraude. Cette analyse se base sur des modèles sophistiqués ainsi que sur des données du Big Data. Dans le domaine de la finance, l’analyse prédictive permet d’analyser le risque de défaut du client lors d’une demande de prêt. Dans la mesure où la 5D n’exploite pas les données du passé mais exploite principalement les données du Big Data, l’analyse prédictive n’est pas la 5D.

Quel intérêt pourrait avoir la 5D pour la mensuration officielle ?

Les données de la mensuration officielle jouent un rôle très important à la fois pour l’aménagement du territoire et la construction, et ceci quelle que soit la phase : planification, phase d’étude ou de réalisation. Comme les données de la mensuration officielle peuvent être de précision très diverse en raison de leur origine, anticiper un besoin futur en données plus précises devrait permettre de redéfinir des priorités dans la réalisation de la mensuration officielle. Ceci ne présente toutefois un intérêt que pour les cantons pour lesquels d’anciens plans cadastraux établis à la fin du 19ème siècle sont encore en vigueur. La plus-value de la 5D pour la seule mensuration officielle n’est pas encore clairement établie. Néanmoins, la 5D étant l’une des thématiques abordée par le Think Tank « Dimension Cadastre », d’autres possibilités d’utilisation de cette dimension dans la mensuration officielle devraient probablement émerger au cours de ses travaux.

Bibliographie :

Gestion des territoires : vers la cinquième dimension, Giorgio Pauletto et Xavier Comtesse. Article paru dans la revue « Affaires publiques », avril 2016

Land Administration and Management – Towards the Fifth Dimension (8415), Daniel Steudler et Xavier Comtesse (Suisse). Publication faite lors de la conférence ”FIG Working Week 2016” en Nouvelle-Zélande, mai 2016

 

Béatrice Simos-Rapin

Professeure de mensuration officielle

HEIG-VD
Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud

Route de Cheseaux 1
1401 Yverdon-les-Bains

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Les données de la mensuration officielle en Open Data ?

Le smartphone, la tablette électronique, les objets connectés et la réalité augmentée induisent de nouveaux comportements et usages que la mensuration officielle ne peut ignorer. L’accès ouvert aux données (Open Data) revêt une importance grandissante dans une société dont la prospérité est toujours plus dépendante du numérique. Dans cette perspective, la Confédération a mis en œuvre un portail pilote des données ouvertes de l’administration publique suisse. Il permet à tout un chacun d’accéder à des jeux de données mis à disposition par les différents offices de la Confédération (www.opendata.swiss). Des cantons et des villes ont également réalisé des portails du même type (Open Data Portal) donnant ainsi un accès ouvert à des données publiques. A ce jour, les données de la mensuration officielle ne font pas partie, au plan national, des jeux de données ouverts. Cependant, certains cantons ont pris la décision d’ouvrir celles-ci et d’y donner accès via un portail ad hoc ou via leur guichet cartographique.

Quelle est la situation dans la majorité des cantons ?

La diffusion des données de la mensuration officielle se fait aujourd’hui majoritairement par livraison de fichiers de données et facturation d’un émolument selon une tarification propre à chaque canton. Malgré les multiples tentatives d’harmonisation des principes de calcul de l’émolument, la situation ne s’est pas notablement améliorée ces dix dernières années et il subsiste de grandes différences dans le montant de l’émolument calculé pour un volume de données identique.

Cette situation est particulièrement problématique pour des utilisateurs qui ont besoin de données couvrant de larges portions du territoire national. Avec la mise en vigueur, en 2008, de la loi sur l’information géographique (LGéo), la Confédération et les cantons ont pour tâche l’harmonisation des principes de tarification pour la diffusion des données. La définition du montant des émoluments pouvant être perçus relevant des cantons, la situation problématique, déjà constatée en 2002, perdure. En cas d’ouverture des données de la mensuration officielle, certains cantons, ne percevraient plus les recettes, parfois très importantes, provenant de la diffusion des données de la mensuration officielle.

Un service de téléchargement national pour les données de la mensuration officielle ?

Faut-il ouvrir l’accès aux données de la mensuration officielle et proposer un service de téléchargement national ainsi que des services web afin que ces données puissent être utilisées par des professionnels et par tout un chacun, que ce soit pour la documentation d’infrastructures, l’étude de projets d’aménagement, la mise à l’enquête de nouvelles constructions ou plus simplement pour vérifier les limites de son bien-fonds ?

Les données en accès ouvert sont toujours plus nombreuses grâce aux initiatives Open Data qui se multiplient dans le monde mais également en Suisse. L’ouverture des données publiques permet d’envisager la création d’Apps qui offrent de nouveaux services aux utilisateurs. Les données des horaires des transports publics sont disponibles en Open Data. Elles ont permis de créer de nouvelles Apps spécifiques.  A titre d’exemple, l’Apps Departures Switzerland propose une façon originale de consulter, dans toute la Suisse, les horaires en réalité augmentée. L’Apps tpg+ exploitant les données Open Data des départs en temps réel des Transports Publics Genevois (TPG) informe des éventuels retards sur les différentes lignes.

Fig 1 Departures

Fig. 1 – Les horaires des transports publics en réalité augmentée via l’Apps Departures Switzerland (source : http://www.departuresapp.com)

Fig 2 tpgplus

Fig. 2 – Utilisation des données Open Data des TPG via l’Apps tpg+ (source : http://www.tpgplus.ch)

L’idée d’ouvrir l’accès aux données de la mensuration officielle étonne et pourtant le canton de Soleure, notamment, a pris cette décision. Genève applique le principe de l’Open Data pour toutes les données visibles sans restriction sur son guichet cartographique et a introduit des dispositions légales ad hoc dans la loi relative au SITG afin que la sécurité des biens et des personnes de même que la protection des données personnelles ne soient pas mises en péril par un accès ouvert aux données (http://ge.ch/sitg/services/services-carto/open-data). La Ville de Zurich a mis en œuvre un portail Open Data offrant un service de téléchargement et des services web pour de très nombreux jeux de données.  Elle participe également à des événements (Hackathon) dont l’objectif est de stimuler la création de nouvelles Apps et d’API pour des services web exploitant des jeux de données ouvertes (www.stadt-zuerich.ch/opendata).

Fig 3 OD Zurich

Fig. 3 – Catalogue des Open Data de la Ville de Zurich (source : www.stadt-zuerich.ch/opendata)

Conclusion

La question de la tarification des données de la mensuration officielle est sensible. Un changement complet de modèle consistant, par exemple, en l’ouverture de ces données, permettrait à la fois de résoudre le problème de disparité des tarifs cantonaux, de répondre aux exigences du « tout, tout de suite et en tout temps » et de stimuler la création de valeur ajoutée par l’exploitation de ces données. D’autres domaines d’activité ont dû s’adapter à la venue du numérique. Citons pour exemple l’industrie du disque dont le modèle d’affaires a été bouleversé par le remplacement des supports physiques par des fichiers numériques. La mensuration officielle devra elle aussi s’adapter à l’« ubérisation » de la société. Elle pourrait apporter une réponse en mettant en œuvre son service « Spotify » et ainsi être en phase avec les attentes des professionnels et des citoyens.

 

Béatrice Simos-Rapin

Professeure de mensuration officielle

HEIG-VD
Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud

Route de Cheseaux 1
1401 Yverdon-les-Bains

Article paru sur le site progeo.ch ainsi que dans la revue Géomatique Suisse 5/2016

histoire mensuration officielle, propriété foncière

De l’importance du passé pour l’avenir

Du plan des dîmes à la cartographie nationale

De tout temps l’homme a souhaité connaître les dimensions et le positionnement des objets et des lieux dans lesquels il évolue. Cette volonté de connaissance ne s’est pas limitée à un village, une ville, un pays. Elle s’est très vite étendue à la périphérie de notre environnement immédiat, repoussant sans cesse les frontières du monde connu. Les premiers hommes devaient se protéger de l’agression des bêtes sauvages et défendre l’accès à leur habitat à des congénères hostiles. Les limites et la disposition intérieure de leurs lieux de vie, la localisation des ustensiles et de la nourriture, la nature des obstacles et des endroits périlleux, la distance à parcourir jusqu’aux périmètres de chasse étaient des données indispensables à leur survie.

Fig 1

Fig. 1 – Grotte de Lascaux

La mesure de distances ainsi que la mesure de l’écoulement du temps ont très vite préoccupé les hommes. Dans l’Antiquité et en particulier dans l’Ancienne Egypte, les techniques de mesure du temps, des angles et des distances ont permis d’implanter et de construire des ouvrages monumentaux qui aujourd’hui encore témoignent d’un savoir-faire étonnant. La conduite des guerres a également été un puissant moteur pour l’établissement de cartes des territoires conquis et des territoires en mains de l’ennemi, du positionnement des forces respectives et de l’établissement de stratégies propres à renforcer la position de chacun des belligérants.

Les géomètres ont toujours occupé un rôle de premier plan par leur maîtrise de l’art de la mesure et des techniques de calcul permettant de mettre en place un système de référence et de dresser des plans. En Suisse, les premiers plans établis au XVIIème siècle peuvent être considérés comme des ancêtres primitifs de nos plans cadastraux. Ils étaient destinés à connaître l’étendue des possessions d’un propriétaire et servaient à calculer le montant de l’impôt à percevoir.

Fig no 2

Fig. 2 – Plan des dîmes du propriétaire terrien bâlois Georg Friedrich Meyer établi en 1689 – Source: Livre « Mensuration officielle Suisse – 1912-2012 »

Lorsque la propriété se transmettait par hérédité à l’aîné de la famille et qu’il n’y avait de ce fait pas de morcellement, les changements de propriétaire pouvaient être aisément consignés sur le plan. La surface des parcelles servant à calculer l’impôt dû par le propriétaire était reportée dans une tabelle accompagnant le plan. La précision des plans de même que le positionnement exact des limites n’étaient pas déterminants pour un objectif de collecte de l’impôt servant à financer des guerres et à couvrir les frais de fonctionnement de l’Etat.

Dès lors que les terres ont pu être vendues et achetées, il a fallu en connaitre leur localisation, leurs dimensions, leurs limites, leurs propriétaires de même que les droits qui s’y rattachent. C’est ainsi que des systèmes cadastraux accompagnés d’enregistrement des titres de propriété ou d’enregistrement des transactions sont apparus. Un cadastre fiable, mis à jour et dont la précision est en adéquation avec la valeur des terrains est un instrument permettant à la fois de prévenir des conflits et de contribuer à la prospérité d’un pays. En l’absence de cadastre, l’objet d’une transaction foncière doit faire l’objet de multiples vérifications conduites dans la règle par un avocat et par un géomètre. Il en résulte un risque pour les créanciers hypothécaires et on comprend dès lors aisément que le coût des prêts consentis par les banques est en relation directe avec les incertitudes liées à la propriété foncière.

En Grèce, par exemple, le cadastre n’est pas une réalité dans tous les districts administratifs. Là où il est inexistant, ce sont les notaires qui veillent à l’établissement de l’ensemble des documents qui permettront de réaliser la transaction. Les acheteurs sont obligés de recourir aux services d’un avocat et d’un géomètre afin de s’assurer de la légalité du bien foncier, des restrictions qui s’y appliquent, notamment en matière de police des constructions, et de faire établir le plan. La transaction est ensuite enregistrée dans un bureau des hypothèques de la préfecture.

La Suisse a aussi connu une situation difficile avant l’introduction en 1912 du Code civil Suisse. Ainsi, à titre d’exemple, en Valais les banques refusaient d’accorder des prêts hypothécaires dans la mesure où les biens-fonds ne pouvaient être localisés et clairement identifiés par des limites sur le terrain et par l’existence d’un plan cadastral. Dès 1912, l’application des dispositions légales en matière de cadastre et de registre foncier ainsi qu’un cadre normatif adéquat ont permis de mettre en œuvre un cadastre juridique et de garantir la propriété foncière.

En 2014, le montant des hypothèques accordées en Suisse par les banques aux propriétaires fonciers est évalué à 850 milliards de francs. A ce montant s’ajoutent les prêts immobiliers octroyés par des assurances ou d’autres institutions. En rapportant ce montant à la population du pays, cela représente une dette d’environ 100 milliers de francs par habitant. Les dépenses réalisées annuellement par la Confédération, par les cantons, par les communes et par les propriétaires fonciers pour l’établissement du cadastre et sa mise à jour sont évaluées à 120 millions, ce qui ne représente même pas un demi pour mille de la valeur des hypothèques concédées par les banques. Ces dépenses permettent d’établir et de maintenir un cadastre juridique fiable, mis régulièrement à jour et de garantir ainsi la propriété foncière de tous les immeubles immatriculés au registre foncier.

Le cadastre en Suisse a subi plusieurs évolutions découlant tant de besoins nouveaux exprimés par l’économie et par les citoyens que par les performances sans cesse renouvelées des instruments de mesure et des capacités de calcul. L’augmentation de la population et la volonté de préserver les terres productives ainsi que les paysages ont donné naissance à des politiques qui nécessitent une connaissance toujours plus approfondie du territoire dans toutes sortes de dimensions.

La première cartographie du pays fut établie entre 1845 et 1864 par le Général Dufour. Elle s’appuyait sur un réseau de points fixes que les pionniers de la géodésie d’alors ont mesuré et calculé avec des instruments d’une précision remarquable. Les bases de la cartographie et de la géodésie de la Suisse ont été ainsi définies il y a plus de 150 ans. Ce sont ces œuvres qui ont permis de construire progressivement les systèmes de référence planimétriques et altimétriques actuels ainsi que les bases de données cadastrales que tous les cantons ont établis en appliquant les directives émises par la Confédération.

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Fig. 3 – Carte de Genève établie par le Général Dufour – Source: Livre « Mensuration officielle Suisse – 1912-2012 »

La réalité augmentée se substituera-t-elle au plan ?

Toutes les données patiemment collectées par des générations de géomètres et aujourd’hui largement disponibles sous forme numérique permettent d’envisager de nouvelles formes d’interaction avec la réalité sur le terrain. Ce n’est plus en priorité le plan que l’on consulte sur site qui donnera l’information recherchée mais les algorithmes qui après avoir compilé les bases de données ad hoc la présenteront sous une forme lisible et aisément interprétable. Ces données ne concernent pas uniquement la propriété foncière mais également toutes celles qui relèvent des restrictions de droit public comme par exemple les alignements, les zones d’aménagement ou les secteurs de protection des eaux. Bien entendu, des informations relevant du droit privé et dont l’accès est strictement règlementé peuvent s’y ajouter sous réserve de l’autorisation accordée à l’auteur de la requête. Tel est le cas pour les données du registre foncier, lesquelles nécessitent un accès authentifié à la base de données.

La combinaison de la réalité avec les étiquettes informationnelles donne des renseignements immédiats sur ce qu’il est possible de réaliser, sur les précautions à prendre en cas d’intervention en sous-sol, sur les éventuelles difficultés qui seront rencontrées lors de l’exécution du chantier. Un tel type d’interaction est très précieux dans les villes où les restrictions à la propriété foncière sont très nombreuses et où l’occupation du sol et du sous-sol rendent la réalisation de projets de construction toujours plus complexe.

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Fig. 4 – Chantier à l’avenue de l’Elysée à Lausanne – Utilisation des étiquettes informationnelles

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Fig. 5 – Chantier à l’avenue de l’Elysée à Lausanne – Utilisation des étiquettes informationnelles

Conclusion

Les technologies pour offrir de tels services sont disponibles. Des projets de recherche menés par l’industrie militaire ont précisément pour objet la combinaison du monde réel avec des objets virtuels dans le but de faciliter la prise de décision depuis le poste de commandement ou le poste de pilotage d’avions de combat. L’utilisation de ces technologies présuppose cependant l’existence d’un réseau de télécommunication performant permettant de transférer aisément les requêtes ainsi que les résultats fournis par les algorithmes sur un périphérique de type tablette, smartphone, lunette ou casque intelligent. Avec l’ajout d’objets connectés directement sur le terrain, par exemple en complément de l’abornement existant ainsi que sur les différents constituants du réseau souterrain, les objets intelligents et les bases de données pourront directement dialoguer et enrichir ainsi le flux informationnel nécessaire à la prise de décision. Il s’agira cependant d’être en mesure, via des app ad hoc de filtrer les données à représenter de manière à conserver une vision claire de la situation sur le terrain et de l’objectif poursuivi. Ainsi, le promoteur immobilier à la recherche de terrains à valoriser aura des besoins de visualisation de l’information très différents de l’architecte chargé d’élaborer un projet de transformation d’un centre commercial ou de l’ingénieur dont la mission consiste à évaluer les possibilités d’amélioration de la circulation souterraine des voyageurs dans une gare. N’oublions cependant pas que sans le travail fondamental fait, il y a plus de 100 ans, par les géodésiens, topographes et géomètres pour développer non seulement la mensuration nationale mais également la mensuration officielle, ces développements n’auraient pas été envisageables.

Béatrice Simos-Rapin
Professeure de mensuration officielle
HEIG-VD
Haute Ecole d’Ingénierie et de Gestion du Canton de Vaud

Route de Cheseaux 1
1401 Yverdon-les-Bains

 

Article paru dans la revue Géomatique Suisse 11/2015

stratégie mensuration officielle

Quand la mensuration officielle suisse a dû revoir ses méthodes de travail – Le rapport Bieri

En 1995, la Confédération a décidé d’allouer moins de moyens à la mensuration officielle en raison des difficultés de trésorerie qu’elle rencontrait. De 47 millions de crédits annuels alloués en 1994, le montant a été réduit à 26 millions en 1995. La commission d’experts, mandatée pour examiner la situation de la mensuration officielle et formuler des propositions ayant pour objectif de mieux utiliser les moyens à disposition dans le but de couvrir plus rapidement le territoire, a eu le souci de ne pas mettre à mal un système complexe qui fonctionnait et dont on attendait encore plus.

La commission a cherché des solutions afin d’éviter de réduire sur le long terme les moyens financiers mis à disposition de la mensuration officielle, ce qui, de son point de vue, aurait empêché l’atteinte de l’objectif de couverture du territoire dans un délai plus court que celui qui avait été formulé. Selon les estimations faites à l’époque, les travaux de mensuration officielle devaient être achevés 30 ans plus tard soit en 2025.

Avec la mise en oeuvre de systèmes d’information géographique, la demande en géodonnées de référence provenant de la mensuration officielle allait en grandissant. Comment mettre en oeuvre de tels systèmes, par exemple pour la gestion d’infrastructures de réseaux d’alimentation en énergie, si l’on ne dispose pas de données de référence précises et fiables ?

En examinant la situation du point de vue du coût des travaux, des exigences de qualité, de fiabilité et de complétude, des processus de décision impliqués dans l’attribution des travaux et leur officialisation, la commission a identifié une série de propositions chiffrées dont le but devait permettre à la Direction fédérale des mensurations cadastrales d’orienter différemment ses travaux afin d’atteindre plus rapidement l’objectif de couverture du territoire avec des données de la mensuration officielle tout en ne sacrifiant pas les exigences de qualité et de fiabilité des données essentielles pour maintenir la confiance placée dans la propriété foncière.

L’une des idées émises par la commission fut de considérer qu’il n’était pas nécessaire de disposer sur l’ensemble du territoire de données satisfaisant dans sa totalité les exigences du standard MO93. La commission a préconisé de mettre en oeuvre un produit dit MO93 intermédiaire qui ne serait complété que si des besoins supplémentaires étaient formulés. Cette façon de faire permettant d’allouer les moyens ainsi économisés à la réalisation de travaux dans des zones jugées plus prioritaires.

Une autre idée formulée fut de conclure des accords de prestation avec les cantons fixant les travaux à réaliser, leur coût ainsi que leur planning de réalisation. Plus de 20 ans après la parution de ce rapport d’experts on constate que l’analyse de la situation ainsi que les propositions émises ont permis d’accélérer les travaux de mensuration officielle et de rendre ces données disponibles pour les systèmes d’information géographiques sur de larges portions du territoire.

Pour plus d’information lire le Rapport final – Réexamen de la mensuration officielle

stratégie mensuration officielle

La mensuration officielle en Suisse en 2030

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La mensuration officielle a été instituée en 1912 avec l’adoption du Code Civil Suisse.

Au cours des ans, elle a connu plusieurs évolutions afin d’être en mesure de répondre aux besoins de la société et de l’économie ainsi qu’au développement de la technologie. Une première réforme d’importance dénommée REMO a été mise en oeuvre en 1993. Elle a permis de passer du plan à la base de données.

Avec la dématérialisation du cadastre, la mensuration officielle est entrée dans une nouvelle dimension. Elle ne sert plus uniquement à garantir la propriété foncière, elle constitue également une base pour des systèmes d’information géographique traitant de thématiques aussi diverses que l’aménagement du territoire ou le développement d’infrastructures.

L’ouvrage intitulé Amtliche Vermessung Schweiz 2030, rédigé par le Dr Fridolin Wicki dans le cadre d’un travail de Master réalisé à l’Université de Berne, analyse 20 principes pour lesquels il a été imaginé qu’ils pourraient être mis en application dans la mensuration officielle d’ici 10 ou 20 ans.

Afin de vérifier si tel peut être le cas, une enquête a été réalisée auprès des professionnels de la mensuration officielle ainsi qu’auprès d’experts du domaine.

L’analyse des résultats a permis de déterminer lesquels de ces principes pourraient conduire à une évolution possible de la mensuration officielle.

C’est sur cette base que la Confédération conduira les études et mettra en oeuvre, en collaboration avec les cantons et le secteur privé, les dispositifs qui feront que la mensuration officielle sera toujours à même de délivrer les services attendus tant par la société que par l’économie.

stratégie mensuration officielle

CADASTRE 2014 and Beyond – Une vision actualisée de CADASTRE 2014

C’est en 1998, au terme de 4 ans de travaux réalisés par un groupe de travail de la Commission 7 de la FIG,  que l’ouvrage CADASTRE 2014 a paru. Traduite en 28 langues, cette publication a connu un très grand succès dans tous les pays qui se soucient du développement du cadastre et de son adéquation avec les nouveaux besoins de la société.

A l’occasion du XXVème Congrès de la FIG, un point de situation sur l’évolution du cadastre conformément aux principes qui avaient été énoncés en 1998 a été fait. L’accroissement mondial de la population, la nécessaire adaptation aux effets induits par le changement climatique font que les attentes envers un cadastre moderne apte à relever d’autres défis que celui lié à la propriété foncière sont toujours plus grandes.

CADASTRE 2014 and Beyond permet une nouvelle fois de se projeter dans les prochaines évolutions du cadastre telles qu’imaginées par les experts de la profession.

CADASTRE 2014 and Beyond

propriété foncière

Faut-il encore matérialiser les limites des biens-fonds ?

En Suisse, les points limite des biens-fonds doivent être matérialisés en vertu de l’Ordonnance fédérale sur la mensuration officielle (OMO). Les techniques de positionnement ayant considérablement évolué, il est aujourd’hui possible de retrouver avec précision un point dont on connait les coordonnées. Ainsi, il faut se demander si la pose de signes de démarcation comme les bornes ou les chevilles est utile, voire indispensable.

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En effet, avec un cadastre, dont la précision serait de quelques centimètres dans les zones urbaines, là où le foncier a le plus de valeur, la position du point limite pourrait être retrouvée avec une certitude suffisante. Cependant, toutes les mensurations ne sont pas exemptes de tiraillements et c’est pour cette raison que la matérialisation des limites reste d’actualité.

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histoire mensuration officielle

Pas de crédit hypothécaire sans mensuration ni registre foncier

En 1917, le morcellement du foncier était extrêmement important dans les cantons du Valais, des Grisons et du Tessin. Dans le canton du Tessin, on pouvait compter jusqu’à 34 parcelles par hectare et un propriétaire pouvait posséder plusieurs centaines de parcelles dans une commune. Dans ces cantons, il n’y avait pas de crédit hypothécaire car les banques ne pouvaient s’appuyer sur un répertoire des biens-fonds assez sûr et en l’absence de mensuration et de registre foncier, elles ne savaient ni où se trouvaient les parcelles ni si celles-ci existaient (pages 38 et 39 de l’ouvrage intitulé 25 ans de mensuration cadastrale en Suisse).

stratégie mensuration officielle

1994 – Le cadastre à l’horizon 2014 – CADASTRE 2014

Ce document est le fruit des réflexions menées par une des commissions de la fédération internationale des géomètres. Il a été initié lors du 20ème congrès de la FIG qui a eu lieu a Melbourne en 1994. Les travaux ont été menés par Jürg Kaufmann et Daniel Steudler.

Cette publication, de caractère prospectif, montre ce qui a été imaginé il y a 20 ans pour réaliser un cadastre répondant aux besoins de la société et de l’économie.

Cadastre 2014

histoire mensuration officielle

2012 – 100 ans de mensuration officielle en Suisse

Cet ouvrage édité en 2012 à l’occasion des 100 ans de la mensuration officielle retrace l’histoire de son développement depuis l’introduction du Code civil suisse en 1912. Il expose en particulier tout l’intérêt d’un cadastre juridique pour l’économie en général ainsi que pour tous les travaux d’aménagement du territoire et de développement des infrastructures.

Pour plus d’informations au sujet de cet ouvrage 100 ans de mensuration officielle en Suisse